Centre for Romanian Studies

Centre for Romanian Studies header image 1

Lionel ROUX: “Odyssée pastorale” – Extrait “Chez les bergers des Carpates Roumaines”

March 2nd, 2011 · No Comments · Books, Diary, International Media, PEOPLE, Reviews

Lionel ROUX - "Odyssee Pastorale" Photo Album on the European Transhumance

Lionel ROUX: Le voyage des troupeaux (extrait du periple chez les bergers Roumains des Carpates)

Mon cheminement artistique mon itinérance de photographe n’a pas eu de cesse, dès lors que j’ai pris conscience de cette cassure (de cet héritage refusé) d’interroger l’épaisseur de cette culture pastorale de la transhumance, que ce soit en Europe ou en Afrique. Il ne s’agit pas d’une banale quête de racines (dont les nomades ne s’embarrassent pas), mais plutôt d’une exploration de ce qui se transforme peu à peu : la trace des trajets pastoraux, le monde des bergers.

Lionel Roux: chez les bergers Roumains des Carpates

La griffe de l’ours

Après la Sierra, j’aspirais au silence, à un horizon vert, à voyager dans le temps autant que dans l’espace. Un espace autre que celui de l’Europe mais profondément européen, c’est ce à quoi pouvait faire penser la Roumanie en 1998. Un pays, une campagne, des paysans et un pastoralisme sans soutien. Le communisme de Ceausescu avait eu assez peu d’emprise sur la vie des bergers, nomades par force, et détenteurs d’une denrée précieuse : la viande.

Dans les Carpates, je rencontrai Ion. C’est en 1986 qu’un ours vint rejoindre Ion dans la nuit chaude et sans lune de juin. Une patte énorme et chaude se posa sur son épaule. Ses griffes lui entaillèrent sévèrement l’épaule et le bras. Le berger eut juste le temps de sentir sa présence dans son dos à hauteur d’homme, entendre le tissus qui se déchire et une chaleur soudaine envahir son bras droit. Il me raconte l’épaule qui brûle, la fuite dans la forêt de sapins et les branches qui lui giflent le visage, le cœur qui bat, la gorge qui brûle « tellement on avale sa peur ».

Lionel Roux: Odyssee pastorale dans les Carpates

C’est avec un sourire amusé que Ion me raconte cette histoire ; comme s’il avait joué une farce au destin. Cette blessure c’était un peu ses galons de berger roumain. Il avait remarqué mon micro, et ma guide me transmis cette étonnante demande : « Il voudrait que tu enregistres une cassette avec les bruits du troupeau, le bruissement de leurs sabots dans les feuilles de chênes, le tintement des cloches, les dents qui arrachent l’herbe. » Je m’exécute sans oser lui poser la moindre question, et encore moins lui demander de me laisser photographier sa cicatrice. Ravi de ce cadeau apparemment précieux pour lui, il me confie son secret : son fils avait tué à coups de couteau un autre berger, qui était son meilleur ami. Un soir de beuverie, l’ami avait avoué qu’il avait contaminé le troupeau de Ion en amenant son propre troupeau malade boire en cachette au point d’eau interdit au bêtes malades. Ivre d’alcool et de rage, le fils de Ion s’était rué sur son ami et l’avait tué. Il se trouvait donc en prison pour un nombre d’années considérable, et la cassette lui était destinée. J’avais été en quelque sorte l’artisan de ce message du troupeau à son berger ; à présent je pouvais tout lui demander. J’ai reparlé à Ion de sa blessure, il a ôté sa chemise aussitôt. J’ai  alors fait son portrait où il montre sa cicatrice comme d’autres montrent leurs médailles.

Lionel Roux - chez les bergers des Carpates

Je quittai bientôt la plaine pour rejoindre d’autres bergers en estive basés plus en altitude. Le froid était là, et il montait par les genoux. Il neige au mois de juin et dans le brouillard des Carpates dites « méridionales », et les sapins deviennent des fantômes. Enfin, après un après-midi de marche, les cabanes en rondins des bergers apparurent. Je suis transi par le froid, je me penche près du feu autant que je peux. Un des bergers insiste pour que je fasse un portrait de lui sur son cheval, puis, voyant mon peu d’empressement à le suivre, il disparaît dans la pluie glacée. Soudain, la tête d’un cheval passe le seuil et entre dans la cabane. Je n’ai eu qu’a appuyer sur le déclencheur.

Présentation de l’éditeur:

“Pas la moindre trace de nostalgie dans ces images qui sont pourtant celles d’un monde en voie de complète transformation. Fils et petit-fils de berger, le photographe Lionel Roux ne cherche ni à témoigner d’un quelconque déclin, ni à susciter les regrets ; il capte, pour la restituer en images, la puissance silencieuse qui se perpétue sous les formes actuelles de la vie pastorale, cette force vitale forgée dans le contact des hommes et des bêtes partageant la même condition. Image après image, de Grèce en Roumanie ou d’Ethiopie en Corse, il dégage patiemment le chemin qui nous relie à notre lointaine origine : celle d’une humanité ne connaissant en matière de temps que celui du cycle des saisons, et de proximité que celle de la nature et des bêtes.”    Jean-Paul Curnier

Son and grandson of moving shepherds..

Lionel Roux - French artist photographer

“…in a biographical and reflexive quest, I was taken to look into a task that was the one of my father’s and my grandfather’s but will never be mine. My photographic quest draws its sources from a history of lines, of features, limits, traces, that constitute and mark a territory. It also finds roots in the ancient culture but in a very fragile way of the pastoral civilization.
In the beginning, there is the course where the line of the family roots stretches out between the alpine province and the Piémont mountains. The path (or rather paths) of the migratory shepherd, the trip that for centuries was brought twice a year by men and herds over the lands.
Shifts of altitude by the ones and shifts of attitude by my shepherd father to draw a line on this nomad life.
My artistic path, my photographer’s itinerary has been continually questionning the pastoral culture of the migration around the mediterranean area and even farther, ever since I was conscious of the fracture by my rejected inheritance.
It is not a simple quest for roots ( of which nomads don’t feel concerned ) but a semi-etnographic exploration of the mentioned event vanishing little by little : The trace of the pastoral routes, the mediterranean and african shepherd’s world.”

——————————————–
  • Relié: 200 pages
  • Editeur : Actes Sud
  • ISBN-10: 2742772022
  • ISBN-13: 978-2742772025

Tags: ·········

No Comments so far ↓

There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

Leave a Comment